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WIL

Blog de Wil51

"Les rêveurs éveillés sont des gens dangereux ; ils peuvent agir sur leur rêve les yeux ouverts pour le rendre possible" - T.E. Lawrence, "le roi sans couronne" d'Arabie (1888-1935)

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C4 - PALAIS DES TUILERIES (Paris - 10 août 1792)

  • Jul 8, 2008
  • 6 comments

 

Le 10 août 1792, des sans-culottes parisiens renforcés par des volontaires de Brest et de Marseille s'emparent du palais des Tuileries. Au terme d'une journée sanglante et incertaine, le roi Louis XVI et sa famille sont internés.

C'est la fin de la monarchie française, vieille de près d'un millénaire, et la naissance d'un régime républicain qui ne dit pas encore son nom.

 

 

Paris s'enflamme

Depuis sa fuite à Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries, à l'ouest du Louvre, sous la «surveillance du peuple».

L'assemblée législative a décrété le 11 juillet 1792 «la patrie en danger». Chacun se prépare à l' invasion étrangère et l'on soupçonne le roi d'être de connivence avec son beau-frère, l'empereur d'Allemagne François II.

Les sans-culottes parisiens, qui supportent de plus en plus mal la monarchie, se préparent ouvertement à une nouvelle «journée révolutionnaire». Dans la nuit du 9 au 10 août, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.

Au matin du 10 août, une «commune insurrectionnelle» s'installe à l'Hôtel de ville, au lieu et place de la municipalité légale. Par ailleurs, une foule de sans-culottes et de fédérés se rassemblent aux abords du palais des Tuileries à l'initiative des meneurs Santerre et Westermann.

La résidence royale est défendue par 900 gardes suisses et quelques centaines de gardes nationaux. Louis XVI les passe en revue. Selon l'usage, les Suisses et les gardes nationales fidèles crient : «Vive le roi !» Mais les artilleurs et le bataillon de la Croix-Rouge crient de leur côté : «Vive la Nation !».

Le roi gagne là-dessus la terrasse des Feuillants. Il découvre l'émeute en gestation. Face à lui, la foule des Parisiens l'accueille par des insultes : «A bas le veto ! A bas le gros cochon !». Le roi, la reine et le dauphin traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l'Assemblée.

 

Attaque des Tuileries - 600 Gardes suisses & 200 nobles massacrés par la populace (Paris - 10 août
Attaque des Tuileries - 600 Gardes suisses & 200 nobles massacrés par la populace (Paris - 10 août

 

Massacres hideux

Sur la place du Carrousel, devant le palais, l'émeute enfle. Une porte est malencontreusement ouverte. Un flot de sans-culottes s'y engouffre.

Les gardes suisses ouvrent le feu et provoquent un reflux éperdu vers le Carrousel. Fauchés presque à bout portant, les émeutiers évacuent la place. L'émeute semble près d'abandonner la partie.

Mais vers dix heures, un groupe de Marseillais parvient à s'introduire à l'intérieur des Tuileries. Le combat reprend de plus belle.

Le roi griffonne un billet ordonnant aux Suisses de déposer à l'instant les armes et de se retirer dans leurs casernes. A l'appel du tambour, les gardes refluent vers la place Louis XV (l'actuelle place de la Concorde). Bientôt encerclés, ils sont capturés, conduits à l'Hôtel de Ville puis massacrés. Mêlées à la foule, les poissardes se livrent à de honteuses mutilations sur les cadavres.

Les émeutiers envahissent maintenant les Tuileries et lynchent pêle-mêle gardes, serviteurs et fidèles. Six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison perdent la vie en ce jour du 10 août.

 

Défense des Tuileries (Paris - 10 août 1792)
Défense des Tuileries (Paris - 10 août 1792)
1 comment

 

Fin de règne

 

L'Assemblée législative, enhardie par le succès de l'émeute, prononce la «suspension» du roi. Elle convoque par ailleurs une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures «pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité». En vue des élections des députés de la Convention, elle abolit les distinctions entre citoyens actifs et citoyens passifs. Elle instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin).

Après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple. Ainsi s'effondre une monarchie presque millénaire qui avait construit la France de génération en génération, par des conquêtes et des alliances matrimoniales. La Terreur se profile. La Révolution française, commencée dans l'enthousiasme trois ans plus tôt, entre dans la tragédie.

 

Notre vie est un voyage

Dans l'hiver et dans la Nuit,

Nous cherchons notre passage,

Dans le Ciel où rien ne luit.

Chant des Gardes Suisses (1793)                                

6 comments Tags: révolution, louis xvi, monarchie, tuileries, carnets d'herodote, garde suisse

C8 - CARNETS HUMORISTIQUES

  • Jul 7, 2008
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Blagues et délires, à tout rire...

 

LA FRANCE QUI GAGNE ?  EXIT !

MOULES OU PORC ? CHACUN(E) SA PREFERENCE

 

 à suivre...

Post a comment Tags: humour, blague, carnets humoristiques

C8 - MOULES OU PORC ? CHACUN(E) SA PREFERENCE...

  • Jul 7, 2008
  • 1 comment

Une fois n'est pas de coutume, les "nénettes" dament le pion aux "gugusses" ! 

 

Hmm, le moules... j'adore !
Hmm, le moules... j'adore !
7 comments

90% des hommes ne veulent pas se marier (?), raison invoquée :

Il n'est pas nécessaire d'investir dans une poissonnerie pour 20g de moules !

 

Gentil & adorable petit cochon sympa... comme moi !
Gentil & adorable petit cochon sympa... comme moi !
1 comment

Mais... voici la réponse féminine à l'insolente vulgarité masculine :

De nos jours, 80% des femmes sont contre le mariage.

Nous avons enfin compris que pour 200g de saucisse, il était inutile de se trimbaler le porc tout entier !

 

Match nul, ah, ah, ah !

1 comment Tags: humour, blague, carnets humoristiques

C1 - CATACOMBES DE SABLE (Arabie 1985-1986)

  • Jul 3, 2008
  • 18 comments

ARABIE SAOUDITE - Djeddah (Hedjaz)

Octobre 1985 à Avril 1986

 

 

ARABIE SAOUDITE - Il n'y a dieu que Dieu et Muhammad est le Messager de Dieu
ARABIE SAOUDITE - Il n'y a dieu que Dieu et Muhammad est le Messager de Dieu

 

L’Arabie entre rêve et réalité…

 

L’Arabie est un univers fascinant, un espace dont j’ai toujours rêvé depuis tout môme cloîtré au fond de mon pensionnat de banlieue. La faute à Lawrence et quelques autres ! C’est mon deuxième séjour dans le « Royaume ». On ne l’appelle ici jamais autrement car il est « unique » dans tous les sens du terme, surtout le plus démesuré, voire ubuesque !

 

 

Arabie (1985) - Visa d'entrée + "chrétien" en rouge (dernière ligne) avant obtention de l'Iqâma
Arabie (1985) - Visa d'entrée + "chrétien" en rouge (dernière ligne) avant obtention de l'Iqâma

 

 

Trois ans auparavant, une première expatriation en 1981 m’avait déjà appris la différence qu’il y a à « rêver » l’Arabie et la « vivre » : une antinomie détonante, parfois cauchemardesque !

 

On m’a posé souvent la question : qu’est-ce que tu vas encore foutre là-bas, ça n’tas pas suffi ? Purée, mais t’es complètement cinglé !

 

Oui, j’suis cinglé, sans doute plus encore : un majnûn (fou) possédé par les djinns (esprits mauvais) du désert ! Je suis revenu car je n’ai pas encore achevé mon « rêve d’Orient », pas celui de tous ceux que je vénère : C.M. Doughty, T.E. Lawrence, L. Massignon ou W. Thesiger, mais le mien qui sera « mon » rêve, celui qui bâtira ma légende ! 

 

Thomas Edward LAWRENCE (1888-1935)
Thomas Edward LAWRENCE (1888-1935)

Un fantasme qui vient de loin et qu’aucun « psy » ne percera jamais car il n’en possède pas la clef, et cette clef c’est l’amour, l’amour des Arabes dans leurs grands espaces inviolés, expérimenter une ivresse de l’être comme j’en ai rarement connue jusqu’à présent ni ailleurs. Je suis revenu dans le Royaume car il me tarde de découvrir ce que je n’y ai pas encore vécu, pour le meilleur et parfois le pire !

 

J'ai passé trente-cinq ans, voilà des années que je chemine sur les pistes de la foi et des sables. Je veux et dois, enfin savoir QUI je suis, en Dieu et hors de Lui !

 

Savoir si finalement tout n’est qu’illusion : mon Orient, mon rêve et ma soif d’absolu. Des illusions que je porterai avec moi et en moi, car comme l’écrivait T. E. Lawrence :

 

"L'appel  du désert, pour les penseurs de la ville, a toujours été irrésistible. Je ne crois pas qu'ils y trouvent Dieu. Mais ils y entendent plus distinctement dans la solitude le Verbe vivant qu'ils y apportent avec eux".

 

 

Arabie - Muhammad (Le Loué)
Arabie - Muhammad (Le Loué)

 

Le réveil  

 

Les Saoudiens sont courtois, réservés, puritains, excessivement pieux, souvent  par sincérité mais aussi pur formalisme. Ils sont jaloux de leurs traditions mais néanmoins parfois ouverts avec l’étranger, sauf en Arabie centrale où j’ai vécu un an. Des étrangers qu’ils ne côtoient jamais, sauf cas exceptionnels : diplomatie, hautes négociations commerciales et financières, etc. Des étrangers qu’ils leur arrivent de rencontrer, à condition toutefois que nous respections scrupuleusement les limites géographiques et spirituelles où nous sommes confinés. J’inclus dans ces « étrangers » tous les « frères » musulmans qui ne sont pas du Royaume !

 

Ici, la religion musulmane est essentiellement pratiquée dans sa forme wahhabite. Une secte qui tire son nom de Muhamad bin ‘Abd-el-Wahhab (1703-1792), un prédicateur illuminé et fanatique de l’Arabie centrale du XVIII° siècle : mariage du « Coran et du sabre » de l’émir du Nedjd, Muhammad ibn Saoud. Une alliance qui a connu son apothéose lors des campagnes militaires pour l’unification du Royaume d’Arabie saoudite en 1932. L’artisan de cette épopée extraordinaire du XX°s, menée par un véritable héros de l’histoire arabe, est sans conteste le roi ‘Abd-al-Aziz bin Abd-el-Rahman as-Saoud, universellement connu sous le nom de Ibn-Saoud (1880-1953).

 

Depuis, outre les espaces sacrés de La Mecque et Médine, sévèrement interdites aux infidèles sous peine de mort, il n’existe aucune autre religion en vigueur dans le Royaume, ni même tolérée. Et encore, je ne parle que des religions dites du « Livre » : à savoir les chrétiens et les Juifs. D’ailleurs, aucun Juif n’obtiendra de visa d’entrée dans le pays, sauf s’il travestit sa confession lors de sa demande d’autorisation… Je dis bien « travestir » car les « sans Dieu » n’obtiendront rien de toute façon ! D’où les montagnes de Certificats de Baptême « bidons » qu’on mouille et chiffonne avant de présenter son dossier au Consulat saoudien de Neuilly-sur-Seine !    

 

Quant aux autres religions, celles de l‘Inde, de l’Extrême-Orient ou ailleurs encore, il est inimaginable, et insultant, ne serait-ce que de les évoquer dans la mesure où elles ne sont pas considérées comme telles ! Les visas d’entrée et cartes de séjour (passeport intérieur) des peuples qui n’appartiennent pas au « Livre » ne mentionnent tout simplement pas leur religion. Le Royaume a un considérable besoin de main-d’œuvre, d’ingénieurs, médecins, professeurs et ouvriers qualifiés. Le pragmatisme l’emporte et… les autorités ferment les yeux pour attirer cette manne de compétences…

 

 

Arabie - Djeddah (mosquée)
Arabie - Djeddah (mosquée)

Les marées humaines d’étrangers qui peuplent le Royaume et les pays du Golfe (des populations qui dépassent largement en nombre celui des autochtones) ne sont « rien » pour les wahhabites comme je l’ai non seulement souvent entendu, mais sûrement constaté !

 

Cartes d’identité de couleur blanche pour tous les musulmans, de l’Indonésie au Maghreb, de l’Afrique à l’Europe en passant par les Amériques et de couleur marron pour les chrétiens. Quant aux «  sans Dieu », je ne sais plus !

 

Au passage, je signale qu’à l’arrivée dans le Royaume aucun document national n’a plus cours. Le soi-disant Permis de conduire international n’a aucune valeur : on repasse son Permis de conduire, un examen renouvelable tous les mois si on effectue un séjour de moins de trois mois ! On effectue des visites médicales complètes et obligatoires à nos frais (souvent humiliantes) et, si maladie importante, c’est l’expulsion immédiate du Royaume. Le passeport d’origine est « confisqué » par le sponsor, remplacé par la fameuse Iqâma, la Carte d’identité saoudienne sur laquelle figure les noms et qualité du sponsor ainsi que l’invariable référence à la religion du détenteur. 

 

Pas de séparation entre la mosquée et l’Etat (inconcevable) et donc pas de Code civil ou de quelque nature que ce soit comme il en existe dans d’autres états musulmans. En l’absence de tout corpus juridique tel qu’on le conçoit ailleurs, la Shari’a islamique constitue le pivot incontestable et incontestée de toute justice et toute jurisprudence…

 

Arabie - Rub'a al-Khali (Le Quart vide) où je m'isolais seul chaque semaine
Arabie - Rub'a al-Khali (Le Quart vide) où je m'isolais seul chaque semaine
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La lumière

 

A l’occasion d’une soirée chez un Directeur de la banque, un fervent catholique engagé, je rencontre les Sœurs F. et C. vêtues de bures bleues, de sandales sans chaussettes avec, sur le chef, le voile de leur ordre : celui de la Fraternité Charles de Foucault. Elles ne déparent pas de la société ambiante ! Aucun signe religieux apparent, ni croix, ni autre symbole car tout est interdit dans le Royaume. Elles ont une cinquantaine d’années, toutes deux chirurgiennes et parlent l’arabe d’Egypte, du Liban et du Hedjaz couramment pour avoir déjà vécu et exercé une trentaine d’années au Levant. Aujourd’hui, elles exercent au magnifique hôpital de l’émirat ainsi qu’auprès de personnalités politiques et sociales éminentes de la région.

 

Conversations à bâton rompu de choses profanes et, évidemment, spirituelles. Des filles formidables comme on voudrait en rencontrer beaucoup. Grandes personnalités, fortes, assurées, sereines, apaisées, très cultivées, compréhensives et… tendres. Je les vois comme de vraies mères car je me dessèche depuis plusieurs mois, corps et âme dans ma solitude affective et charnelle, sans amis ni mêmes quelques copains, sans parler de copines car ici « ça » n’existe pas ! 

           

J’ai une existence fantomatique, presque fragmentée ; parfois je ne sais plus vraiment qui je suis, ballotté sans cesse entre mes aspirations ultimes et mes envies de décadence. Je ne suis pas St. Antoine et suis incapable de lutter contre les démons qui me dévorent. J’avais lu ces récits mais je ne savais rien de l’intensité de ces luttes assassines contre les « passions », celles qu’on réduit pudiquement à ceux de l’esprit : j’voudrais bien voir ceux qui ricanent !

 

Les sœurs m’invitent à venir les voir là où elles vivent, quelque part dans Djeddah. Il faut que je prenne des précautions comme elles disent : en Arabie on ne visite pas de femmes, sauf si elles sont de la famille. J’y vais, plusieurs fois. Quand on a des amies comme ça, on ne rechigne pas, et j’fais gaffe, très gaffe des délateurs qui traînent partout.

 

Mes « mères » demeurent dans un grand appartement qui n’est qu’une « cellule ». Une cellule consentie, aimée et aimante, pas celle que la justice impose. Des pièces principales communes et des chambres. Chaque chambre est dépouillée, une stricte nudité propice à la méditation et au repos, un coffre, une armoire, une natte posée à même le sol : c’est là qu’elles dorment !!!

 

Dans l’une de pièces, un peu plus grande, quelques images pieuses pour seule décoration et surtout une icône du Christ posée sur un socle, seule au milieu de la pièce avec une veilleuse qui vacille sur son bout de liège qui flotte sur un fond d’huile. Une ambiance d’orthodoxie bien de « chez moi » en France… et maintenant à Djeddah comme hier à Riyad !

 

Elles me questionnent sur ma vie en général, celle d’avant, aussi sur ma manière de « fonctionner » ici, mais aussi, et je m’étonne, de mes manques affectifs et de ma solitude d’homme de trente-cinq ans, paumé dans le vide !

 

Des femmes extraordinaires à qui je peux me confier, sans masque, sans travestir les mots ni fausse pudeur. Mon âme et mon coeur se mettent « à poil », : j’leur balance tout ! Elles m’écoute, me consolent, me rassurent et m’invitent à viser non plus haut mais juste à ma hauteur, sans forcer, sans renoncer. Elles ne jugent ni ne condamnent mes contradictions, mes lâchetés, mes trahisons, mes désirs forcément désordonnés. Tout explose en étincelles impures sur l’enclume qu’est le Royaume !

 

Elles savaient que dans ces bleds, on ne vit que pour bosser, au minimum soixante heures par semaines, parfois plus car l’informatique ça ne s’arrête jamais et ça merde toujours ! En plus, j’ai deux sites à gérer : l’un à Djeddah, l’autre sur le Golfe à mille cinq cents kilomètres d’ici, sans parler des agences disséminées dans des patelins derrière les sables, au nord, au sud : palpitant, mais crevant !

 

Pour me « distraire », je fous le camp chaque vendredi sur des centaines de kilomètres, loin dans le désert, avec une couverture, un camping-gaz pour m’éclairer et ma Bible Segond amenée en douce, cachée dans mon slip. Là, je suis seul sous les étoiles qu’on voit magnifiquement, seul avec Lui, seul avec mes illusions ? Parfois je vais « piquer une tête » dans une crique en mer Rouge…

 

Elles me disent : « Tu travailles trop, il faut que tu lâches du lest. Trouve-toi une occupation moins solitaire, selon tes convictions. Tu ne peux pas continuer à cheminer seul sur ton sentier, vois des frères et des sœurs qui partagent ta foi, il y en quelques-uns ici, des familles entières. On ne se sauve pas seul. Il y a un prêtre clandestin Irlandais qui est arrivé voici quelque temps. Il officie chez des frères. Une fois ici, une fois là. Si tu acceptes, tu peux lui prêter ta maison une fois par semaine pour des messes, une autre fois pour la catéchèse des enfants. Tu n’es pas catholique ? Mais ici il n’y a plus aucune distinction, il n’y a que ce qui nous rassemble : le même Seigneur ! ». 

 

Avant de les quitter, je m’interroge : « Elles ont p’têtre raison et j’me f’rai moins chier si je donnais du contenu à mes divagations perpétuelles ». Je donne mon accord pour donner un « coup de main »  et elles prennent mes coordonnées en me disant qu’elles me contacteront, ou le prêtre clandestin, un jour… Inch’ Allah ! 

 

Arabie - Djeddah (vieux quartiers)
Arabie - Djeddah (vieux quartiers)

 

L’Eglise du silence

 

Un jour, ou plutôt un soir où je bosse tard comme d’habitude, le Père M. m’appelle au bureau. Il parle anglais avec un fort accent irlandais puisqu’on me l’avait présenté ainsi :

 

« Hello (pas de nom au téléphone, jamais) I'm contacting you on behalf of common friends ! » (Salut, je vous appelle de la part d’amis communs !)

 

Bingo ! C’était l’anonyme qui appelait, avec la voix d’un gaillard solide, à la voix mûre. Il me dit qu’on doit se voir le surlendemain à un endroit qu’il me fixera, sans plus de précision. Le jour prévu, il rappelle :

 

« Pick me up at the gas station, Palestine Road, near the Sofitel, at 5PM”.

(Viens me chercher à la station-service, sur Palestine Road, près du Sofitel à 17h”.

 

L’après-midi, tout le monde fait une pause, entre 15h et 18h et on reprend le turbin jusqu’à… on sait pas ! Je file avec la voiture au point de rendez-vous. Je vois le bonhomme, un gars en civil d’environ vingt ans de plus que moi, chemise et pantalon, pas de veste. Il monte, on démarre et on « zone » n’importe où. La conversation est évidemment en anglais. Il commence :

 

« Je suis le Père M., je suis irlandais. Les sœurs F. et C. m’on parlé de vous, vous êtes un costaud qu’elles m’ont dit. Je suis prêtre du diocèse d’Arabie dont l’évêché est à Abu-Dhabi ou réside l’évêque X. Je suis là depuis un mois, depuis que les mutawas (police religieuse) ont arrêté le prêtre italien sur dénonciation et roué de coups avant de l’expulser à moitié mort sur une civière vers l’Italie ! »

 

Une histoire terrifiante qu’il me balance le cureton ! Mais… ça me plait ; je parle du défi, pas du sort du pauvre gars dont j’avais entendu parlé par des potes de Mondial Assistance qui l’avaient ramené « chez lui »… C’était un prêtre avec une « couverture » d’ingénieur - ce qu’il était d’ailleurs - qui officiait clandestinement pour la communauté italienne fort nombreuse dans le Royaume (ça construit partout) !

 

Le Père M. me parle de sa mission et du comment du pourquoi il est avec moi :

 

« Je suis veuf, ma famille est en Irlande. Après mon séminaire, le Pape Jean-Paul II m’a ordonné au sacerdoce à Rome l’année dernière ». Il me sort une photo du Pape avec lui se faisant ordonner au Vatican. Heureusement que j’étais assis dans ma voiture, j’en serais tombé sur le cul. Gonflé le pope, euh, le Père !

         

« J’ai été volontaire pour venir ici parce qu’auparavant j’ai longtemps bossé ici comme ingénieur en BTP. J’ai l’habitude, comme toi sans doute, alors il faut être prudents. On a besoin d’églises, mais je veux éviter d’organiser des messes aux mêmes endroits. En plus, avec les vêtements liturgiques, les ciboires, les calices, les hosties : c’est pas facile, et les gamins pourraient parler à l’école, tu vois où je veux en venir ? Tu vis seul dans un quartier central peu fréquenté m’ont-elles dit, si t’es d’accord, on peut cacher tout ça chez toi et organiser des messes une fois par semaine pour commencer, ensuite on verra… » !

 

Je me prenais déjà pour St. Marc, le compagnon de St. Paul, avant que celui-ci le largue quelque part à Chypre pour partir de son côté avec son cousin St. Barnabé !!!

 

-          « OK, que j’dis, on fait comment concrètement ? »   

-          « Je t’appellerai chaque fois, tu ne m’appelleras jamais, t’auras jamais mon n°, et M. n’est pas mon nom. Tu ne connaîtras jamais mon nom, ni maintenant ni jamais, même quand tu quitteras définitivement le pays, tu m’en excuses. Tu me récupéreras chaque fois quelque part en ville, toujours dans une rue différente et  tu me déposeras ensuite n’importe où je te dirai, en pleine rue également. C’est la règle, je suis désolé mais on ne peut pas faire autrement ».

 

J’avais l’impression de revivre l’époque des catacombes antiques ou communistes !

 

-          « Et pour les fidèles, on fait comment ? »

-          « C’est moi qui leur donnerai le lieu et l’heure où venir chez toi. Jamais plus de vingt personnes, à cause des voitures qui se gareront dans le quartier. Je leur dirai d’aller se garer jamais à moins de 500m de chez toi. Un habitant pourrait alerter les mutawas qui rappliqueraient aussitôt ! Tu sais qu’il est interdit de recevoir chez soi beaucoup de gens à la fois, messe ou pas ? ».     

 

Oui, je sais tout cela : en Arabie c’est effectivement déconseillé, des collègues en ont fait les frais. Des familles d’expatriés qui s’invitent, dans la mentalité de ces abrutis de locaux, ça signifie alcool, nanas, stupre occidental et le toutim !!! Heureusement, on sait tout cela, lors de quelques soirées où l'on se fait suer, les flics ont vérifié les Certificats de mariage des uns et des autres, traduits et certifiés conformes par le Consulat saoudien du pays d’émission des visas. Un document à porter sur soi ou dans sa voiture si l'on est en couple ; surtout en dehors des ville, comme mon pote R.J. avec son épouse "légitime", en plein désert en 1982 à 150km de Riyad : les mutawas faisaient déjà hum, hum, la bonne "prise"… avant de faire une gueule de dépit et foutre le camp avec un sourire narquois dans leur américaine V8 qui bouffe du 30 litres au cent ! 

 

« On va organiser une messe vendredi soir chez toi, tu me prendras et je viendrai avec le matériel liturgique. On laissera tout chez toi après l’office, c’est plus sûr, t’es encore inconnu, seul, sans enfant ni personnel de maison ».

 

Arabie - Route de l'Asir, vers le Yémen
Arabie - Route de l'Asir, vers le Yémen

 

Les catacombes de sable

 

Vendredi soir : ils sont tous là, ils sont tous venus, comme dans la chanson, à papoter dans mon immense salon. Ma maison de 500 m2 pratiquement vide peut accueillir tous ces gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam ! Ils sont tous garés bien docilement loin de là selon la consigne. En plus, j’habite à 250m d’une petite mosquée qui me casse les oreilles jusqu’en pleine nuit avec son magnéto nasillard ! J’ai récupéré le Père M. à un certain endroit comme prévu. Le « matos » était déjà à la maison depuis l’après-midi. Le Père M. se prépare, ma table est transformée en autel avec une nappe consacrée qu’il a posée dessus avec les ornements nécessaires. L’office commence, les catholiques s’unissent à notre Seigneur, je m’éclipse… toujours cet étrange comportement d’y être sans y être vraiment, par peur d’y perdre ma « liberté » totale peut-être ?

 

Je suis, avec certitude, de ceux qui donnent beaucoup d’eux-mêmes et de leurs biens, en abondance, sans compter, même sans choisir souvent à qui je donne ; mais je pense aussi ne pas appartenir à ceux qui partagent, du moins j’en ai l’intuition. En l’an de grâce 1985, je ne sais plus qui je suis vraiment…

 

La messe clandestine se termine, tout ce petit monde repart par groupe de deux ou trois, en respectant quelques minutes d'intervalle à chaque sortie, le tout en silence afin de ne pas ameuter la rue déserte. Je planque le « matos », je range et nettoie les verres à sodas, eau, café ou thé. J’attends trente minutes puis nous sortons, le Père M. et moi. Je le ramène à un « endroit » qu’il m’indique au tout dernier moment et le dépose. Il me tape sur l’épaule, se penche et me dit : « Tu as été formidable, merci ! » et disparaît vite à pied dans la nuit, qui est aussi celle de mon doute et… de mon bonheur à la fois, celui d’avoir eu le sentiment d'être « utile » !

 

J’ai vécu cette expérience de « catacombe » plusieurs fois en quelques mois. Vient le temps de passer à la « vitesse supérieure » car, comme à l’armée, on crapahute d’abord avec la « biffe » avant d’intégrer les corps d’élite…

 

Arabie - Najran (1)
Arabie - Najran (1)
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Destination danger

 

En 1986, le Père M. me charge d’une « mission », car c’en était une. Je voyage beaucoup pour la Banque, pas seulement à travers l’Arabie mais énormément vers les pays du Golfe, pour mon job et assouvir ma soif de découvertes.

 

« Tu es mobile, t’as les visas qu’il faut, ça serait bien si tu pouvais amener le courrier pastoral et les documents de la paroisse chez l’évêque à Abu-Dhabi (Emirats arabes unis). Si tu ne peux pas, je verrai autrement mais là, je suis coincé et ne peut pas m’en charger. Si tu pars et que tu te fais contrôler en route, on ne pourra pas t’aider beaucoup, faudra faire avec. Il y a beaucoup de noms dans ces papiers, des adresses,  etc. je ne te le cache pas : it’s risky ! Tu peux dire non, je comprendrai ».

 

Il a suffi qu’il me dise risky pour qu’immédiatement ça me botte ! Je dis « go »…

 

Une semaine plus tard, je m’envole pour Dhahran sur la côte orientale, douane, contrôle à tout va, on ouvre ma mallette : de la paperasse et des dossiers, pas de photos ni objets litigieux, voire délictueux. Je change de zinc et file vers Abu-Dhabi.

 

L’évêque, informé de mon arrivée, m’attend dans le hall. Il vient vers moi, me serre chaleureusement les deux mains, papote avec moi jusqu’au parking. On monte dans sa Caprice Classic (j’adore) et on file à l’évêché. Ici, dans les Emirats, le christianisme est « toléré » derrière les murs, chez soi ou dans des églises planquées derrière de hauts murs, sans tapage ni publicité. Dans ces régions cadenassées par l’islam rigoriste, avec l’Iran de Khomeiny en face, on redoute le prosélytisme, même et surtout rampant. La compétition et la rivalité féroce entre les Arabes sunnites de la péninsule et les Persans chîîtes de l’autre côté de l’Ormuz, n’aide ni à la compréhension ni à quelque ouverture que ce soit !

 

 

Arabie - Montagnes de l'Asir
Arabie - Montagnes de l'Asir

Je donne les documents à l’évêque qui m’a préparé une chambre dans son complexe (église, école, réfectoire, salle de sport et de culture, etc.). On discute longuement des difficultés abyssales de toute pastorale dans la région, on aborde également mon orthodoxie, les Pères arabes des temps anciens dont quelques-uns d’Arabie et du Golfe, de la politique régionale, de moi, de tout et de rien…

 

Le lendemain, il me prête une voiture pour la semaine et je pars à la découverte des sept émirats de la fédération des E.A.U. dans l’ordre de leur importance : Abu-Dhabi, Dubaï, Sharjah, Ajman, Ûm-al-Qûwaïn, Ras-el-Khaïma et Fujeirah. Un périple solitaire, comme partout et toujours, qui me rend heureux de vivre une expérience de spiritualité « sous terre » et de visites de pays magnifiques que sillonna Sindbad le marin « sous le soleil d’Allah ».  

 

Abu-Dhabi (E.A.U.) & Djeddah (Arabie) - 1986

18 comments Tags: voyages, aventure, arabie, église, chrétien, lawrence d'arabie, djeddah, carnets de sable …

C6 - MERCI AUX VOXeurs !

  • Jul 2, 2008
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Je m'aperçois que plus de 5 000 Voxeurs m'ont fait l'honneur de me lire !

Ce, depuis que j'ai installé un compteur, soit trois mois après que je vienne délirer sur Vox...

Merci aux lecteurs occasionnels pour leur coup d'oeil passager.

Merci chaudement à tous les autres fidèles de ma "Communauté".

En attendant mes autres "bla-bla", partagez-vous mes Biz ainsi que mon Amitié.

Une pensée bien affectueuse aux "quelques-uns" avec qui une rélle amitié est née...

Merci à Vox et son équipe !

WIL :-)

 

1953 - Wil en Autriche (2 ans, tout mignon !)
1953 - Wil en Autriche (2 ans, tout mignon !)
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24 comments Tags: vox, anecdote

C6 - LES AVENTURES DE ZINZIN (ma politique à moi)

  • Jun 30, 2008
  • 6 comments

Chacun sait, ou devine, que je me "fiche" de la politique comme de l'an 40 !

On me rétorquera que pendant ce temps elle s'occupe souvent très mal de moi.

Mouais, argument peu convaincant, va falloir vous creuser les méninges... les "citoyens" !

Comme beaucoup (quoique ?) je "casque" mes impôts et surtout rends à César ce qui appartient à César, basta ! 

Quelques-uns semblent se passionner pour - ou éructer contre - notre Président de la République.

A chacun son calvaire, j'ai des croix plus légères !

Aujourd'hui Nicolas Sarkozy, hier une sacrée bande de glandus et d'enfoirés de tous bords...

...quant à demain, la "géniale relève" et l'odeur du sapin qui s'annoncent, je redoute le pire du pire.

Vu mon pedigree, lorsque ça arrivera il y aura sans doute longtemps que je m'serai tiré ailleurs !

Pour une fois, et sans doute la seule, voici ma façon de commenter la vie de nos "zoum' politiks" : l'humour !

Vous trouverez d'autres satires sur CANALBLOG.

Albums disponibles aux éditions R.G. (Renseignements Généraux)

 

Les Ringards du Fanpharaon
Les Ringards du Fanpharaon

 

L'à poil mystérieuse
L'à poil mystérieuse

L'Arabe aux contrats d'or
L'Arabe aux contrats d'or

Le Secret de la Chicorne
Le Secret de la Chicorne

Le Trésor de Racaille le Rouge
Le Trésor de Racaille le Rouge

Objectif thune
Objectif thune

Cocu en stock
Cocu en stock

Les Bijoux de la Carlafiore
Les Bijoux de la Carlafiore

Vol 714 Bolloré pour Louxor
Vol 714 Bolloré pour Louxor

Zizin en Colombie
Zizin en Colombie

 

Souriez, vous êtes sur Vox...

...en attendant de refaire la gueule aux prochaines élections... pièges à cons, hi, hi !

6 comments Tags: tintin, humour, politique, carnets anecdotiques

C1 - L'ESPION QUI VENAIT DU CHAUD (Israël 1986)

  • Jun 30, 2008
  • 8 comments

ISRAËL - Tel Aviv (Aéroport Ben Gourion)

Avril 1986

 

ISRAËL
ISRAËL

 

Après mon "évasion" d'Arabie et mes aventures sur les deux rives de la Corne d'Afrique, je termine par Israël, afin de collecter le "tampon" israélien qui clôt la liste impressionnante de mes visas arabes collectés sur mon passeport depuis des années. Je savais qu'on ne me laisserait plus entrer dans ces pays, mais mon âme de collectionneur de visas est plus forte que les tracasseries diplomatiques ! Des passeports congestionnés de coups de tampon, j'en ai déjà conservés cinq et en aurai bien d'autres...

Un retour du Moyen-Orient que je crois définitif, mais que je sillonnerai à nouveau, sans aucun doute, les années qui vont venir !